Parvissima : légalité partout, liberté nulle part.

Parvissima : billets brefs sur peccadilles.
Aujourd’hui : attendre la légalité ou prendre la liberté ?

Il semblerait que plus la légalité avance, plus la liberté recule. Non les libertés garanties, inscrites dans les codes, gravées dans un marbre constitutionnel, mais la seule véritable liberté : celle qui n’attend pas la permission de la loi civile, celle qui conduit l’Homme libre et le différencie de l’esclave légaliste. Paradoxalement la citoyenneté, désormais entendue comme un ensemble de valeurs (celles de la République, les fameuses, prônées dans tout enseignement agrée par l’appareil d’Etat) et de droits tend à nous inculquer une morale d’esclaves tandis que son origine grecque, entendue alors comme un ensemble de devoirs, de responsabilités et d’appartenances, distinguait l’homme libre.
On voit des masses réclamer le droit d’adopter les usages les plus extrêmes, marginaux et radicaux en toute sécurité légaliste : le bourgeois voudrait se faire punk, junkie, amazone, voudrait même s’auto-détruire à condition que cela soit supervisé par la toute puissance étatique dont l’aval sert désormais de bienséance, de morale commune ou, dirait Orwell, de common decency. Ou pire (car déchéance plus grande) la marge, devenue frileuse, voudrait n’être radicale que sous la couverture bienveillante du Code Civil.
Se droguer, pour se détruire ou pour explorer les portails cosmiques de la perception, pour mettre le synapse dans les contrées mouvantes de l’éveil paradoxal ? D’accord mais avec le sceau de l’approbation légale et si possible un service public.
Concevoir hors du cadre familial hétérosexuel, comme les terribles guerrières de légende? Très peu pour les nouvelles amazones qui ne veulent plus chevaucher : on ne volera plus sa semence au mâle subjugué puis rejeté, on s’inscrira sagement dans les cadres légaux espérés.
« Légalisons le duel » s’exclame, par blague, la jeunesse droitarde contaminée malgré elle par le légalisme jusque dans ses provocations, comme s’il fallait attendre l’approbation des gardes du cardinal pour se battre, comme si un peu du panache de la chose ne venait pas, précisément, de son illégalité : on voudrait risquer sa vie mais surtout pas d’aller en prison.

Le comble est cependant atteint dans la demande de légalisation du suicide assisté. Le choix de la mort, cette virtualité qui seule nous rend pleinement libre à chaque instant (chaque instant devenant un choix qui rend possible le plein consentement à la vie : on ne vit réellement que si l’on pourrait à chaque instant préférer la mort), ce choix donc, cette liberté la plus intime, la plus essentielle, devrait désormais être attendue, réclamée, et donc en fait confiée à l’Etat, aux lois les plus extérieures et contingentes. On voudrait mourir « dans les clous », commettre l’acte le plus radical, le plus extrême, le plus Rebelle (au sens biblique, pour le christianisme que cet acte abomine) mais le faire avec la douce bénédiction de la société et sa confortable sécurité. La terreur, alors, n’est plus celle de l’Inconnu, du Vide ou de la Damnation, non, la terreur, la Faute, est celle de l’illégalité. On veut mourir, braver la Loi naturelle, la Loi divine, mais bien pire, bien plus angoissant : la LOI CIVILE (bénie-soit-elle) pourrait foncer l’un de ses Augustes Sourcils.

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