Du soufflet et de l’aristocratie réelle

Ce jour a vu la libération de Damien Tarel qui, en quelques mois, est devenu notre camarade sans même nous connaître : son nom fut scandé dans les manifestations anti-pass (« Libérez Damien ! »), son cri de guerre repris sur des t-shirts et autocollants, devenant même une salutation amicale entre gens de bons principes :
« _ Montjoie Saint Denis !
_ A bas la Macronie ! ».
Ce jour, donc, me permet d’exprimer les quelques pensées que j’ai eues sur le sujet le jour de la Sainte Baffe (non lutécienne, mais nul n’est parfait) et nourries depuis.

Joie spontanée, partagée avec mon Frère, à la nouvelle du soufflet.

Ce geste, s’il a été pour beaucoup un soulagement immédiat, une rétribution pleine de justesse, de mesure et de symbolique que le peuple attendait depuis longtemps, a dû être expliqué à d’autres.

Certains, ignorant la portée morale du soufflet, auraient voulu davantage de violence, d’autres, ignorant (volontairement ou non) la faillite des institutions et en premier lieu de l’Elysée, s’outraient au contraire de ce symbole.

Les premiers étaient souvent des jeunes gens élevés ou acculturés dans une glorification de la violence de rue et de l’étalage vulgaire du pouvoir (pour paraphraser Pantera) qui ignore le symbole : il faut frapper fort et faire mal pour prouver qu’on « en a » et se faire entendre. A eux il convenait de rappeler le Cid ou d’encourager sa lecture : l’atteinte mortelle ne blesse pas le corps mais l’honneur, une énorme torgnole de champion de bras-de-fer s’oublie en trente minutes quand on se réconcilie autour d’une bière, mais un mot cinglant comme un coup de fouet, un soufflet du bout des doigts, du bout du gant ôté, même, marque l’âme au fer rouge éternellement.

Une gifle, une torgnole, une tarte, une mandale, une baffe visent la joue quand un soufflet vise l’honneur, et plus le geste est faible plus le mal est grand car il marque clairement sa cible véritable. Le soufflet de Tain est parfait tel qu’il fut. Une plus grande violence symbolique eût été d’envoyer un gant au visage présidentiel ou de lui fouetter légèrement le nez des doigts du gant ôté, mais bien trop théâtral et prévisible donc moins juste.

Mais de quel honneur parle-t-on ? Le but est-il de châtier Emmanuel Macron, énarque amiénois de 43 ans ? Les seconds critiques, généralement personnes plus âgées et plus françaises, l’ont bien perçu dans leur émoi : c’est l’institution, la Présidence que l’on gifle plus que son dernier VRP en date. D’ailleurs Emmanuel Macron n’existe pas, ou s’il existe, avec ses inclinations particulières et ses sentiments confus, il n’a aucun intérêt : il ne fait que prêter ses traits (suffisamment réguliers pour persuader les lectrices de Mimi Marchand) à l’oligarchie néo-libérale mondialiste dont il applique le programme _ pour le dire dans des termes politiques assez démagogiques : on pourrait autrement dire qu’il est la face que se donne présentement la gouvernance technique du monde, un programme de la Matrice, mais autre est notre sujet. On s’outre donc d’un tel affront à la fonction, mais c’est oublier que dans le cas présent le déshonneur n’est pas infligé par la gifle, il est souligné par elle.
En souffletant le Président, Damien Tarel actait la vacuité de la Présidence et sa faillite, ça n’est pas lui qui méprise les institutions mais elles qui sont vides.
Il n’y a pas de Présidence quand il y a des poses avec des prostitués mâles, des étreintes de braqueurs torses nus qui « enculent » on ne sait exactement qui (selon toute évidence symbolique : le peuple français), des singeries de youteubés et la négation de la culture française (quelques soient les ineptes acrobaties pour la justifier à rebours). Il n’y a pas non plus de justice quand celle-ci fait payer au peuple des cellules individuelles tout confort pour ses pires ennemis djihadistes et le lavage de cerveau des victimes pour obtenir leur assentiment catatonique ou quand elle renvoie des violeurs multirécidivistes étrangers en prison pour quatre malheureux mois avant de les laisser se repaître sur nos terres. Il n’y a plus d’institutions, plus de chose publique, bientôt plus de peuple quand il sera suffisamment divisé par des polémiques stériles et stérilisantes et parqué en bulles cellulaires sans contact.
On ne peut faire insulte à un fantoche, on ne peut que souligner son inexistence : Damien fait sonner la tête de la sinistre marionnette et on entend un petit son mécanique qui déraille dans le vide.


Enfin, d’autres critiques ont pu s’élever dans les premières heures pour heureusement se rétracter bien vite mais l’existence de ce réflexe devrait nous inciter à nous ressaisir un brin, nous qui, de gauche comme de droite, vilipendons à longueurs de tirades « l’esprit bourgeois » : la moquerie, insufflée par les médias du système, quant à l’apparence, aux orientations et aux intérêts de notre héros.


A droite il est de bon ton de revendiquer une « aristocratie de l’esprit », loin du conformisme bourgeois qui calcule, qui épie, qui veille au maintient pesant d’une bienséance étriquée et liée essentiellement à l’apparence. La noblesse et le peuple peuvent se ressembler par bien des aspects : par une pente naturelle vers l’excentricité ou la marginalité, une liberté de penser et de ton, une autonomie (le village reculé suit ses propres coutumes, charbonnier est maître chez lui, et l’aristocrate suit sa propre devise), une violence, une impulsivité, une générosité dépensière (et surtout follement dépensière de soi-même en dépit de l’auto-préservation). Au contraire le bourgeois calcule, économise, s’économise, thésaurise, planifie et veille à sa respectabilité. Quel dommage donc de voir passer, dans les milieux de « droite anti-bourgeoise » des jugements hâtifs sur ce qui ne leur ressemble pas, sur les geeks, les t-shirts de metal, le béhourd ou l’escrime médiévale, le tout avec la légère dérision de ceux qui se pensent détenteurs du « bon goût » et qui rappelle terriblement celle des ricaneurs de Canal et du service public. Dans un autre domaine, on pourrait y ajouter les cris d’orfraies devant les tatouages, jadis réservés aux marginaux et aux militaires, c’est à dire aux deux mondes qui cernent la bourgeoisie par le bas et le haut, et, en général, devant tout ce qui n’est d’elle.
Je digresse céans, mais après avoir entendu tant et tant de discours « anti-bourgeois » très bourgeoisement satisfaits, par des personnes très convenablement vêtues de chemises impeccables et de polos portés sur le épaules, je voudrais insister que l’esprit bourgeois qu’il faut combattre est d’abord celui qui règne en nous et sur nos réactions épidermiques.


A gauche, cette gauche qui remplit les facs de sociologie et a presque inventé la discipline, le ridicule est égal quand il est question de « gloubiboulga idéologique » pour définir le profil de Damien Tarel, profil qu’il faut être singulièrement demeuré et aveugle pour ne pas avoir repéré depuis au moins quinze ans. Certains journaleux ghettoïsés découvrent soudainement qu’on peut faire de la reconstitution médiévale, du combat XVème, être passionné par le Japon et en apprendre la langue, être un franc geekotak et un bon nerd (joueur, hélas, de Tyranides… tsst tsssst…) et, MIRABILE DICTU, ne pas être tout à fait de gauche déconstructo-intersectionnelle, et même, les tentacules m’en tombent, avoir une pensée politique cohérente et patriote. Absolument dingue ! Bientôt on me dira qu’on peut être passionné par l’histoire de son pays, par l’éthique samouraï (et les nekogirls de temps en temps), par la grimdarkness d’un futur lointain où il n’y a que la guerre et être un jeune Européen de droite… NON ! Je ne saurais le croire, comment se fesse ?

Illustration par Gallic

Mais après avoir fustigé certains défauts vus à droite et d’autres vus à gauche, revenons-en à notre camarade gifleur et à l’enseignement qu’on en peut tirer : oui, son geste était parfait, Juste, au sens de la précision physique, du symbole et de la réparation cosmique.
On répare le monde quand on remet les choses à leur place, par le bon mot, le bon geste, le bon symbole, quand on fait sonner le grelot dans la tête vide du pantin, quand on dit que le roi est nu.
Ses propos lors de son procès et aujourd’hui-même prouvent la cohérence de sa pensée, de sa personne et de son geste. Ainsi, par cette action qui allie courage, sacrifice de soi (il était évident avant même le geste que la punition serait conséquente) et intelligence symbolique, Damien Tarel appartient-il à l’aristocratie réelle et, ici, populaire.
Réelle comme on parle du « Pays réel » : il y eut jadis une aristocratie d’Etat, administrative en un sens, une noblesse à laquelle il arriva souvent de coïncider avec l’aristocratie réelle comme il est arrivé que pays réel et pays administratif coïncidassent, des compagnons de Saint Louis aux fils de drapiers devenus avocats puis ministres dont les descendants surent s’élever et tenir leur rang. Mais l’aristocratie réelle demeure, indépendante de sa reconnaissance ou non par le souverain du moment. Elle n’est pas que d’esprit, puisqu’elle doit avoir la force de s’incarner dans des actes. Elle n’est pas que de cœur (c’est à dire de courage) puisqu’elle doit avoir l’intelligence des signes et des temps. Elle est esprit, cœur et corps, essence et action.
Pour certains, rares, elle sera reconnue par le Pays entier en un coup d’éclat, chacun peut l’espérer pour soi-même, mais on ne devient pas magiquement au moment voulu ce que l’on n’a su être des mois, des années durant.
C’est dans le secret de nos chambres, dans le noyau de nos familles, dans l’étroitesse de nos humbles communautés que nous devons exercer quotidiennement notre esprit, notre cœur et notre corps à la noblesse.

2 commentaires

    • Heureusement les réactions de ce type que j’ai vues furent de courte durée, les autres doivent être frustrés de n’avoir été à sa place, un truc comme ça. Heureusement que ça n’est pas une femme, ils auraient mieux fouillé son passé que la DGSI pour débusquer la moindre « faute ».

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