Foule ressentimentale

Russian Today m’apprenait hier que le doyen de l’Institut de psychiatrie du King’s College de Londres avait accepté de retirer du hall d’entrée de son établissement les bustes de ses fondateurs, Henry Maudsley et Frederick Mot, coupables du crime d’être des hommes blancs.
Il s’agirait de « rendre l’Institut moins aliénant ». On se demande surtout si l’Institut n’est pas complètement aliéné.

Alors que je m’inquiétais sur FaceBook de cette main-mise de cas psychiatriques sur l’Institut de Psychiatrie, une amie, pour temporiser, se demandait en commentaire si c’était vraiment si grave que cela : ça n’est pas comme s’ils les avaient interdits ou détruits.
C’est qu’en général, la destruction des monuments n’arrive que quand les Talibans et autres tarés racistes et bigots ont pris le pouvoir. Avant, ils essaient de chouiner pour qu’on ait pitié d’eux et l’obligeance d’ôter de leur regard ce qui contrevient à leur dogme. Dans le cas présent, l’Europe serait bien aimable de cacher son insolent génie.

Que le doyen ait eu vent de ce qui devrait rester la honte des bruits d’arrière-cuisine est déjà scandaleux. Qu’il y ait accordé pensée est déjà une dramatique preuve de faiblesse et de soumission à la barbarie du ressentiment. Mais qu’il ait choisi de retirer les bustes dépasse tout entendement. Du moins si l’on a passé la dernière décennie coupé du monde et que l’on n’a rien vu de la montée en Occident (Etats-Unis, Canada, Europe de l’Ouest) d’une immense vague de haine et de ressentiment à l’égard de toute grandeur, de toute beauté, de tout génie.

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Frederick Mott et Henry Maudsley, two fucking white males.

Le contemporain, malade d’un délire égalitariste, hait tout génie qui le dépasse, toute beauté qui lui fait honte, toute hauteur qui le rabaisse. Au lieu de se réjouir de ce que de tels phares (pour reprendre l’image baudelairienne) exhaussent l’humanité toute entière, incapable de se percevoir comme membre d’un groupe que le génie hisse, de sa puissance titanesque, vers les cimes, il ne se voit que comme individu-monade dont l’ego souverain ne supporte pas la moindre hiérarchie, la moindre supériorité.
Le mot lui même est devenu tabou : on ne peut plus concevoir que l’ancien soit supérieur au néophyte, que le sage soit supérieur au profane, que le savant soit supérieur à l’ignorant. Dans ce monde qui ignore toute nuance pour ne voir que ce qui pourrait être blessant et exciter le ressentiment, la supériorité de qualité est perçue comme supériorité de nature.

Oui, jeune étudiant, l’illustre fondateur du la faculté t’es infiniment supérieur. Ça n’était sans doute pas un meilleur homme, il ne vaut pas plus en tant qu’être humain, mais dans le domaine que tu as librement choisi, tu n’es encore rien, et il est tout. Le contemporain veut tout, tout de suite, sans aucun effort. « J’ai des idées » proclame le jeune, suffisamment sot pour songer qu’il est le premier à les avoir, et suffisamment mal éduqué pour songer qu’il a une quelconque légitimité à prendre la parole. Qu’il lise, et il verra bientôt que tous ses embryons d’idées ont été mieux pensés et mieux dits. Et moi-même qui écris ces lignes, je sais bien qu’elles ne font que maladroitement tâtonner et étirer péniblement ce que d’autres ont pu dire en un ou deux aphorismes.

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La beauté même est suspecte. Le « beau », pire la « perfection » est un titre que pense mériter de droit toute personne qui prend la peine de poster son image sur les réseaux sociaux. Le nominalisme triomphe : je déclare que ce monstre obèse est beau, il est donc beau. Associer la beauté à la régularité des traits, à l’harmonie des formes, à la bonne santé, à la minceur ou à la robustesse, à la gracilité ou à l’athlétisme prend des connotations fascistes. On se verra opposer la sempiternelle « construction sociale » et trois exemples dans toute l’histoire de l’art de peuples ou individus préférant les montagnes de graisses aux silhouettes élancées « comme de jeunes arbres ». Etre satisfait de son apparence ne suffit plus : il faut que le monde entier nie ses canons de beauté pour accorder à tel ou telle les patentes esthétiques.

Mais non, à part quelques exceptions notables car, précisément, exceptionnelles, la beauté a bien des traits universels indépendants des parures dont on orne les corps. Non, Kelly et ses 120 kilos pour 1m60, en minishort et sans soutien-gorge, n’est pas belle, ni jolie, ni élégante. Elle peut se consoler grâce aux soutiens de ceux qui la qualifient ainsi par soumission au politiquement correct, ou parce qu’ils reconnaissent la beauté de son âme, la finesse de son esprit ou la grâce de son visage, mais elle sait très bien, seule, face à son miroir, qu’elle n’est ni bien dans sa peau, ni en bonne santé. Et censurer les mannequins de Victoria Secret qui ont l’audace de le lui rappeler n’y changera rien. (1)

Le contemporain veut supprimer de son monde tout ce qui lui rappelle douloureusement sa médiocrité et ses imperfections. Son insécurité profonde ne supporte pas de ne pas occuper la première place. S’il ne peut l’avoir, personne ne l’aura : on supprime les notes pour ne pas froisser les cancres, on supprime les sélections. « Tout le monde a gagné. » Comme si on ne pouvait pas être un cancre et un génie, comme si connaître ses limites empêchait de déployer ses talents, comme si avoir de mauvaises notes, ou ne pas être la plus jolie, ou ne pas être issu d’une race de philosophes et d’ingénieurs était un coup terrible porté à un fragile petit ego boursouflé.
Déjà, on propose aux élèves des explications de textes de rap ou de slam, parce que la véritable littérature serait « trop intimidante ». Bientôt on supprimera des cours universitaires (ne parlons même pas du lycée) toute référence à Platon, Pascal, Hegel et préférera Paulo Coelho ou Bernard Werber, histoire que le génie ne nous offusque pas trop.
Si on ne parvient pas, à cause de dérives idéologiques, à être à la hauteur du passé, autant supprimer le passé.

Quant à l’absurde question raciale, la véritable tragédie est que l’idéologie du ressentiment enferme les minorités dans des mentalités d’esclaves quémandeurs. Le racisme est celui qui, de jeunes étudiants avides de savoir, fait des babouins dressés à répéter le mantra « l’Homme Blanc est au dessus de nous, l’Homme Blanc nous oppresse, il faut effacer l’Homme Blanc pour pouvoir être libre » en frappant sur leurs chaînes mentales. Léopold Sédar Senghor se sentait-il opprimé par le buste de Molière, ou par la statue de Montaigne quand il passait devant ? Au contraire, fils spirituel des lettres françaises et chantre de la négritude, il savait reconnaître les génies propres des peuples et se savait capable de les honorer.

Le racisme le plus bête est que des avortons de bonobos sidaïques aient l’outrecuidance de se faire passer pour les représentants de peuples dont ils ne savent rien, dont ils n’ont rien de la grandeur ni de la dignité, dont ils n’ont jamais connu, intimement, la terre. Et que des Blancs soient trop racistes ou trop soumis au politiquement correct pour s’en rendre compte. Que les Orishas les anéantissent tous.

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deux visions d’Oya, la première appartenant à une somptueuse série photographique de James C. Lewis, la seconde à une série de non moins somptueuses illustrations dont je n’ai pu retrouver l’auteur.

(1) Il existe bien sûr, et heureusement, des personnes en surpoids heureuses de l’être et bien dans leur peau. Ce ne sont jamais celles qui demandent la censure des corps minces ou pleurent contre la « construction sociale de la beauté » qui leur est défavorable. Une personne sûre d’elle et de sa beauté ne se sent pas menacée par la beauté des autres.

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