Au delà des étoiles, au musée d’Orsay.

« Tout vit, tout agit, tout se correspond ; les rayons magnétiques émanés de moi-même ou des autres traversent sans obstacle la chaîne infinie des choses créées ; c’est un réseau transparent qui couvre le monde, et dont les fils déliés se communiquent de proche en proche aux planètes et aux étoiles. Captif en ce moment sur la terre, je m’entretiens avec le chœur des astres, qui prend part à mes joies et à mes douleurs ! « 
Nerval, Aurélia

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Hilma af Klint, Altarpiece

Jusqu’au 25 juin 2017 le Musée d’Orsay consacre une grande exposition au Paysage mystique sur les toiles des XIXème et XXème siècles. En partenariat avec l’Art Gallery of Ontario, de Toronto, elle s’intéresse principalement à l’art d’Europe occidentale et nordique et d’Amérique septentrionale.

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Georges Lacombe, Forêt au sol rouge

Si le symbolisme, en tant que mouvement artistique, n’occupe que portion congrue de l’exposition, c’est bien son idée de correspondance qui en sous-tend toutes les œuvres. Le paysage n’est plus décor mais cosmos. Reflet du microcosme humain et de ses aspirations, ou révélation transcendante d’une perfection de dessein, il est toujours habité par l’Idéal. Idéal initiatique, de redécouverte des traditions ésotériques, ou identité régionale, voire nationale avec le Groupe des Sept, peintres canadiens inspirés par les artistes scandinaves et la théosophie (comme de nombre d’autres œuvres présentées).

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Fernand Khnopff

C’est l’occasion d’admirer des toiles connues, trop connues, et voilées par leur notoriété comme Le Semeur, de Van Gogh ou la Nocturne au Parc Royal de Bruxelles, de Nuncques, de découvrir l’école nord américaine et la force tellurique de ses paysages et de retrouver avec plaisir un Redon « décoratif » qui ne l’est, on s’en doute, que d’intitulé. Ce fut surtout pour moi la découverte des vues d’Assise de Dulac : ici aucun effet de manche, de croix, de signes ésotériques, d’outrance spectaculaire, mais, à l’image de saint François, la seule nature dans sa divine simplicité. L’effet est proportionnel à la sobriété qui permet à la lumière de se révéler, dans ce qui constitue peut-être la forme symbolique la plus pure : le temple qu’est la nature n’a ici besoin d’aucun ornement, d’aucun artifice pour dire l’Idée.
On pourra également citer la beauté mélancolique des vues de Bruges au graphite de Khnopff, le génie d’Einar Nielsen qui, dans L’aveugle, manifeste par l’or la lumière et son reflet liquide, comme les chaudes impressions qui frappent parfois l’obscurité d’yeux clos, ou The Sower of the Systems, de Watts à propos duquel toute parole serait dérisoire.

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Charles Marie Dulac

La programmation d’un musée est toujours difficile à analyser: influence générationnelle, esprit du temps, œuvre collective ou volonté du conservateur président? Les collaborations internationales jouent également et les deux expositions qui m’ont le plus ravie cette dernière décennie (Mélancolie, au Grand Palais en 2006 et L’Ange du Bizarre à Orsay en 2013) avaient toutes deux des origines germaniques. Cependant, il m’est difficile de ne pas penser que c’est peut-être à un (hypothétique) goût pour l’ésotérique et l’étrange de Guy Cogeval, dont cette exposition clôt la direction initiée en 2008, que je dois certaines autres que je ne pensais pas avoir la joie de parcourir dans de grandes institutions un peu compassées : Crime et Châtiment, Splendeurs et Misères (de la prostitution), Sade, Masculin/Masculin, Beauté, morale et Volupté, et, bien évidemment, l’Ange du Bizarre. J’espère que le règne de Laurence des Cars n’oubliera pas ces « mauvais genres » bien aimés (mais son travail sur Sade, son goût pour le préraphaélisme, et, tout simplement, les collections du musée n’augurent qu’en sa faveur).

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Giovanni Segantini, L’ange de la vie

Du 14 mars au 25 juin 2017
Musée d’Orsay
Paris 7ème
9h30-18h
nocturnes le jeudi (21h30)
fermeture le lundi

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